Tee-shirt vendu 4 euros chez Shein
Féminismes Gender Studies et Sororité

Peut-on être féministe et s’habiller chez SheIn?

4 septembre 2021

Beaucoup de femmes noires afro-descendantes de France, d’Europe, du Canada et d’ailleurs s’habillent avec des marques de fast-fashion telles que SheIn, Zara ou Pretty little thing.

Aujourd’hui, je partage avec vous mon avis ( basé sur mes recherches) sur des marques de fast-fashion.

Tout d’abord, je tiens à préciser une chose : je suis féministe et il m’arrive d’acheter des vêtements de fast- fashion. Cela fait-il de moi une ” bad feminist” ? (dixit Roxane Gay et son livre “Bad Feminist”).

Être féministe en 2021

Aujourd’hui, en 2021, il existe autant de féministes que de femmes dans le monde. Si vous faites un tour sur Instagram, vous verrez énormément de contenus féministes de personnes aux opinions bien tranchées.

Voici comment le Larousse définit le /la féministe : « un adjectif et un nom “Relatif au féminisme ; partisan du féminisme ».

En ce qui concerne le féminisme, il en existe de multiples déclinaisons. Le féminisme c’est donc un : “Mouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société” ( définition du Larousse).

C’est quoi la fast-fashion?

J’adore la mode, j’ai donc lu et regardé de nombreux articles, livres et reportages sur la fast-fashion.

 L’ONG Oxfam, définit la fast-fashion comme : “une tendance très répandue dans l’industrie de la mode reposant sur un renouvellement ultra-rapide des collections. S’appuyant sur un rythme de production effréné et insoutenable, certaines enseignes de prêt-à-porter vont jusqu’à renouveler leurs collections toutes les deux semaines, voire moins. Cette mode « jetable » produite à moindre coût a des conséquences sociales et environnementales désastreuses”.

Beaucoup de gens pensent à défaut, que la mode “jetable” concerne uniquement des enseignes telles que Zara, H&M, Boohoo ou SheIn…. Mais, après de nombreuses lectures, je peux vous affirmer qu’elle concerne aussi certaines grandes enseignes de luxe et de prêt-à-porter haut de gamme.

De grands noms de la mode, comme Sandro ou Maje, appliquent exactement les mêmes procédés que ceux de la fast-fashion.

Ne vous fiez donc pas au prix de certains articles et à la renommée de certaines grandes maisons de couture.

Le but de toutes entreprises est de réaliser du profit (gagner de l’argent). Cela passe nécessairement par une production à moindre coût ( j’ai été contrôleur de gestion dans une autre vie, je sais donc de quoi je parle).

Si le 26 juillet dernier le Groupe LVMH a pu enregistrer un chiffre d’affaires de 33,9 milliards de dollars (source : magazine Forbes) c’est entre autres parce qu’il vend. Et ce mastodonte du luxe, vend en masse. Ce n’est pas les 2000 milliardaires dans le monde qui contribuent activement à accroitre son chiffre d’affaires. Devinez donc qui c’est ? Ce sont les mêmes personnes qui consomment chez SheIn, Zara, H& M…. (allez faire un tour sur Instagram si vous ne me croyez pas). Tout cela pour vous informer que l’industrie du luxe produit aussi, comme celle de la fast-fashion. Il n’ y a que le prix de vente au client final qui change.

Mon avis féministe sur des marques de fast-fashion telles que SheIn

J’adore la mode, cela a toujours été le cas. J’aime l’histoire et la culture qu’il y a derrière un vêtement. Plus jeune, j’aurais aimé travailler dans ce secteur (je vous expliquerai dans un autre article la raison pour laquelle je ne me suis pas orientée sur cette voie). Le vêtement dit de nous, qui nous sommes.

Aussi inutiles et futiles qu’ils puissent paraitre, les vêtements changent notre vision du monde, et la vision que le monde à de nous

Virginia Wolf

Il y a quelques années, j’étais une grande consommatrice de vêtements. Si j’avais eu 20 ans aujourd’hui, je serais probablement influenceuse mode 😀.

Je ne vais pas vous mentir, comme je l’ai écrit plus haut, je suis féministe et il m’arrive d’acheter (même si très rarement) des vêtements dans des enseignes de fast-fashion telles que SheIn ou Zara…. Je ne sais pas si cela fait de moi une bonne ou une mauvaise féministe? J’aime dire que je suis une féministe “in progress” 😉.

Tout d’abord, en tant que femme et féministe, je déplore et condamne fermement la manière dont sont traitées certaines femmes travaillant dans l’industrie du textile (des ouvrières vivant dans les pays industrialisés qui perdent leur emploi au détriment de celles exploitées des pays du sud, sans oublier les mannequins souffrant d’anorexie pour les défilés).

Je déplore également la manière dont cette industrie a réduit notre planète :  l’industrie textile est l’une des plus polluantes au monde.

Les industriels nous poussent, nous les femmes, par divers moyens, tous les plus vicieux les uns que les autres, à consommer et cela dans le but ultime de plaire aux hommes.

Dès son plus jeune âge, la petite fille est conditionnée pour consommer des vêtements. Les rayons des grandes enseignes de mode ont toujours été et le sont toujours, plus fournis chez les petites filles que chez les garçons.  À grands coups de marketing, nos cerveaux de femmes ont été formatés pour consommer et il est très difficile de modifier ce formatage. C’est glamour et sexy la mode.

Le comble du comble, c’est que ce sont des hommes, qui sont à la tête de la plupart de ces grandes industries polluantes.

Avant le covid19, j’allais souvent en Afrique de l’Ouest et cela me rendait furieuse et triste à la fois, de voir des tonnes et des tonnes de vêtements venant pour l’essentiel de l’Occident accumulées au bord des routes.

L’Afrique : la décharge aux vêtements des pays du Nord. 

Comme si les Africains avaient besoin de vêtements. Comme s’ils se trimbalaient nus comme Kirikou. A part polluer l’Afrique de déchets, je ne vois vraiment pas à quoi servent ces vêtements.

Certains pays d’Afrique de l’Est, avaient refusé d’importer ces poubelles polluantes. Mais, en 2018 Donald Trumps (ancien président des USA) les a menacés de ripostes économiques féroces. Donc, aujourd’hui, seul le Rwanda a maintenu sa position en refusant d’être la poubelle du monde. Et, encore moins des USA qui restent le 1er pays à importer ces poubelles de vêtements en Afrique (en 2015 les USA auraient importé plus de 10 millions de tonnes de poubelles de vêtements en Afrique).

D’autre part, depuis que je m’intéresse vraiment aux féminismes et à toutes les questions touchant les genres, j’assiste à de nombreuses conférences sur des thématiques et des problématiques touchant les femmes. L’une des choses revenant très souvent, lors de ces conférences est : le pouvoir d’achat.

Les femmes et surtout les femmes noires avec enfants, font partie des personnes les plus pauvres de France. Le découvert bancaire est la norme dans leur budget.

Contrairement à ce que pense Emmanuel Macron ( actuel président de la France), 5 euros est une somme non négligeable pour certaines personnes. En France (et dans beaucoup d’autres pays d’occident), tout le monde n’a pas 5 euros à la fin du mois.

En France, il existe de nombreuses marques engagées pour l’environnement et les droits humains, je trouve cela super. Mais honnêtement, toutes les femmes en France ( en Belgique, au Canada ….) n’ont pas les moyens de s’habiller et d’habiller leurs enfants avec ces marques.

Même si, nous savons que ces vêtements dureront sans doute plus longtemps que ceux de SheIn, toutes les femmes n’ont pas 40 euros à mettre dans un tee-shirt.

Il s’agit vraiment d’un luxe, que seuls certains bobos peuvent se permettre d’acheter.

Petit flashback sur ma vie:  il y a quelques années, avant de reprendre mes études et d’occuper le poste que j’occupe actuellement, j’étais au RSA. Je cherchais donc activement du travail. Toute personne cherchant du travail sait qu’il y a un code vestimentaire à respecter pour passer des entretiens.

Quand on n’a pas d’argent, on ne franchit pas les portes de certaines enseignes. On va là où l’on a les moyens et pour moi c’était chez H&M.

Les plus écolos bobos me diront que j’aurais pu acheter de seconde main, sur des sites comme Vinted. A ces personnes je répondrai, que pour moi la seconde main est essentielle pour freiner cette boulimie de vêtements des pays riches. Mais tous les vêtements ne sont pas accessibles en seconde main. 

De plus, il arrive quelque fois, qu’on veuille se faire plaisir en achetant du neuf.  Porter des vêtements neufs et de bonne qualité ne devrait pas être un privilège de riches.

Par ailleurs, je suis une femme noire, avec la morphologie d’une femme noire. Je ne suis pas grosse mais j’ai des formes et des rondeurs. Il ne met pas difficile de m’habiller avec des marques que j’appelle éthiques.  Mais il faut le dire, les designers qui façonnent ces vêtements, ne le font pas pour des femmes comme moi. Ils ne prennent pas en compte ma morphologie ou celle des femmes grosses ou avec handicap.

La plupart des jeunes femmes d’aujourd’hui se déclarent féministes et sont sur les réseaux sociaux. Elles suivent et sont inspirées par des influenceuses comme Caroline Receveur, Noholita, Crazy Sally ou Sananas… Comme ces dernières, elles veulent avoir du style. Donc, je ne blâme pas ces femmes qui s’habillent exclusivement dans des enseignes de fast- fashion. Les vêtements éthiques ne sont pas toujours les plus tendances.

J’ai tenté à plusieurs reprises d’acheter 100 % éthiques. Mon dernier achat remonte à deux ans. Je m’étais acheté sur internet, un tee-shirt soi-disant écolo fait avec du coton bio. Malheureusement, je me suis vite rendu compte que ce vêtement n’avait rien d’éthique.

Selon Audrey Millet, chercheuse et auteure du livre “Le livre noir de la mode – Création, production, manipulation” 98% des vêtements que l’on porte possèdent des failles éthiques.

La mode est un sujet passionnant mais aussi très complexe.

J’ai une maitrise et un master 2 en économie et gestion. J’ai donc étudié les grandes théories économiques que l’on apprend dans la plupart des grandes universités du monde. L’une d’elle qui façonne notre monde depuis des siècles, est celle d’Adam Smith. « Certains pays ont des avantages que d’autres n’ont pas et donc tant que l’un des pays aura ces avantages et qu’ils manqueront à l’autre, il sera toujours plus avantageux pour celui-ci d’acheter au premier, que de le fabriquer lui-même ». La théorie de l’avantage absolu.

Petit rappel historique : au 18ième siècle lorsque Adam Smith a sorti sa théorie, l’Angleterre et les autres pays industrialisés jouissaient d’un outil de production plus que bon marché : l’esclavage. Cette théorie qui continue de construire notre écosystème actuel, ne peut fonctionner que si des Hommes réduisent en esclavage d’autres Hommes. Malheureusement dans l’industrie textile, les esclaves sont souvent les femmes et les enfants.  

Vous devez sans doute vous demander pour quoi je parle d’esclavage ? 

Il n’est pas possible de fabriquer un tee-shirt à moins de 5 euros sans polluer la planète et en respectant les droits humains universels.

Donc, lorsqu’une enseigne vous vend un vêtements à très bas prix, il y a de forte chance qu’une personne ayant contribué à fabriquer ce vêtement ait été réduit en esclavage (l’esclavage moderne).

Notre système économique est fait pour que les plus pauvres exploitent en achetant des vêtements à bas prix, des personnes misérables. Dans le seul but d’enrichir les plus riches. Car à la fin, ce sont les actionnaires de SheIn, Zara, Kiabi et autres enseignes qui gagnent et ils gagnent énormément.

Vous ne verrez jamais sur ce blog, la promotion de certaines marques de vêtements. Cela est contraire à ma ligne éditoriale. En plus, de nombreuses jeunes influenceuses le font déjà très bien.

Tant que les pays industrialisés ne changeront pas de paradigme économique, il y aura de l’esclavage moderne et donc, certaines personnes s’enrichiront au détriment de la nature et de la santé physique et mentale d’autres personnes.

Le problème vient pour l’essentiel des gouvernements et des industriels, et pas du client final.

L’Homme doit accorder moins d’importance et de valeur à l’argent.

Néanmoins, en tant que consommateur, nous avons quand même du pouvoir (même minime). N’oubliez pas que consommer est un acte politique.

Donc, je le répète encore une fois, pour moi il est possible d’être féministe et de s’habiller chez SheIn. Il faut juste consommer plus responsable et baisser drastiquement les quantités de vêtements que l’on achète.

Mes 7 recommandations pour consommer plus éthique.

  1. Depuis maintenant 5 ans, j’ai drastiquement baissé ma consommation de vêtements, j’en achète beaucoup moins. Avant tout achat je me demande si je vais porter le vêtement dans la semaine. Si ce n’est pas le cas, je ne l’achète pas.
  2. Je me suis offert, une machine à coudre, afin de redonner une seconde vie à mes vieux vêtements.
  3. J’ai téléchargé sur mon portable l’application ” clear fashion”.
  4. Il y a de nombreux blogs « éthique » qui répertorient des boutiques de mode responsable. Voici le lien vers un blog que je trouve vraiment cool : https://www.iznowgood.com/generateur-de-marquiz/ 
  5. Acheter de seconde main est pour moi essentiel.
  6. L’achat d’une bonne lessive, n’abimant pas mes vêtements et me permettant de les garder plus longtemps.
  7. Louer des vêtements : un super bon choix pour celles et ceux voulant porter des marques de luxe.

Par ailleurs, je pense vraiment que les pays industrialisés devraient s’inspirer des pays africains. En Afrique, la norme est de se faire coudre des vêtements sur-mesure.

Si certaines personnes n’ont pas de scrupule à acheter des vêtements de fast-fashion, c’est entre autres, parce que celles qui les fabriques sont loin de nous. On ne les voit pas. Même celles travaillant dans les pays industrialisés (exemple de l’enseigne Pretty Little Thing qui fabrique en Angleterre) . La mode jetable n’est pas uniquement fabriquée en Asie à l’autre bout du monde.

Pour moi, le changement doit essentiellement venir des industriels et des différents gouvernements. Ils doivent tous, en priorité changer leurs paradigmes économiques.

Mais, en tant que consommateur nous avons du pouvoir. Consommer est un acte politique. Si nous voulons que le sort des femmes s’améliore, nous devons toutes et tous baisser drastiquement notre consommation de vêtements. 

Mon avis personnel sur SheIn :

J’ai commandé sur leur site à deux reprises et je n’ai pas été déçue par la qualité des articles reçus . Je ne vous dirais pas ce que j’ai acheté car le but de ce blog n’est pas de promouvoir des enseignes de fast fashion. Avant d’être une passionnée de mode, je suis une féministe. Les conditions de travail des femmes m’importent beaucoup plus que le dernier pull à la mode.

J’espère que cet article vous a plu, si c’est le cas n’hésitez pas à laisser un commentaire.

Gros bisous et prenez soin de vous.

Par mode éthique, j’entends une mode qui respecte l’environnement et les droits humains.

Ressources :

Livre : “Fashionopolis, le vrai prix de la mode et ce qui peut la sauver” de Dona Thomas

L’application mobile Clear Fashion : permet de savoir ce qui se cache sous l’étiquettes de vos vêtements. https://www.clear-fashion.com/manifeste

Oxfam : Fast fashion et slow fashion : définitions et enjeux

Une ouvrière travaille sur une ligne de confection vestes et des pantalons dans un atelier qui produit pour des marques internationales, dans une usine de la province de Dong Nai, au Vietnam.

Green Peace : nous donne des conseils pour consommer moins et plus responsable :

https://www.greenpeace.fr/comment-opter-pour-une-mode-plus-ethique-et-responsable/?codespec=7013V000000LMzk&utm_medium=grant

Site du ministère de l’économie et des finance de la France : Adam Smith | economie.gouv.fr

Podcast :

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